Tracfin a publié en septembre 2026 son rapport d’activité et d’impact 2025.
Les chiffres confirment une mobilisation croissante des opérateurs de ventes volontaires et des commerçants de métaux et pierres précieuses. La situation reste très différente pour les négociants et intermédiaires en œuvres d’art et antiquités.
Combien de déclarations les professionnels ont-ils adressées à Tracfin ?
| Profession | 2023 | 2024 | 2025 | Évolution 2024-2025 |
| Opérateurs de ventes volontaires | 81 | 287 | 471 | + 64 % |
| Négociants et intermédiaires en œuvres d’art et antiquités | 3 | 5 | 5 | Stable |
| Commerçants de métaux et pierres précieuses | 18 | 45 | 122 | + 171 % |
Source : Rapport Tracfin 2025, p. 27.
Le rapport regroupe ces professions au sein du secteur de l’art et du luxe. En ajoutant les commerçants de biens, ce secteur a transmis 677 déclarations de soupçon en 2025, contre 364 en 2024 et 119 en 2023. La progression atteint ainsi 85 % en un an (rapport, p. 27).
Les maisons de ventes confirment leur progression
Les opérateurs de ventes volontaires ont transmis 471 déclarations en 2025. Leur activité déclarative avait déjà progressé de 254 % entre 2023 et 2024. Elle augmente encore de 64 % en 2025.
Tracfin y voit le signe d’une meilleure compréhension du dispositif LCB-FT. Le Service rattache également cette évolution aux actions de sensibilisation et aux webinaires organisés pour la profession (rapport, p. 23).
En deux ans, le nombre de déclarations des maisons de ventes a été multiplié par près de six.
Cette progression rejoint les résultats du questionnaire d’auto-évaluation publié par la Douane. Notre article consacré aux enseignements de l’auto-évaluation LCB-FT 2025 des maisons de ventes montre toutefois que la mise en conformité reste incomplète.
Parmi les répondants réalisant des transactions supérieures à 10 000 euros, 23 % n’ont pas formalisé de procédure interne. Trente-trois pour cent ne disposent pas d’une classification des risques adaptée. Cinquante et un pour cent n’ont suivi aucune formation LCB-FT.
Seulement cinq déclarations pour les négociants en œuvres d’art
La situation des négociants et intermédiaires en œuvres d’art et antiquités contraste fortement avec celle des maisons de ventes.
Tracfin n’a reçu que cinq déclarations en 2025. Le chiffre était déjà de cinq en 2024 et de trois en 2023 (rapport, p. 27).
Dans son éditorial, le directeur de Tracfin cite expressément les négociants en œuvres d’art et antiquités parmi les professions dont l’activité déclarative demeure largement insuffisante (rapport, p. 9).
Ce constat fait écho à l’auto-évaluation 2025 des galeries, marchands d’art et antiquaires.
Parmi les professionnels concernés par des transactions supérieures à 10 000 euros, 40 % n’ont pas formalisé de procédure interne. Cinquante-cinq pour cent ne disposent pas d’une classification des risques adaptée. Soixante pour cent n’ont suivi aucune formation LCB-FT.
Ces chiffres n’établissent pas, à eux seuls, la cause du faible nombre de déclarations. Ils éclairent néanmoins les difficultés du secteur. Sans procédure, classification et formation, les équipes peuvent ne pas détecter une alerte ou ne pas savoir comment la traiter.
Métaux et pierres précieuses : une hausse de 171 %
Les commerçants de métaux et pierres précieuses ont transmis 122 déclarations en 2025, contre 45 en 2024. La progression atteint 171 % (rapport, p. 27).
Elle reste toutefois récente. Le directeur de Tracfin considère encore l’activité déclarative de cette profession comme insuffisante au regard de son exposition aux risques (rapport, p. 9).
Les négociants en métaux précieux, numismates et professionnels concernés doivent donc poursuivre la structuration de leur dispositif. La vigilance doit notamment porter sur l’identité des parties, l’origine des fonds, l’intervention de tiers et la cohérence économique de l’opération.
Tracfin attend-il seulement davantage de déclarations ?
Non. L’enjeu porte aussi sur leur qualité.
Les professions non financières ont transmis 20 014 déclarations en 2025, soit une hausse de 38 %. Elles ne représentent pourtant que 7 % du flux déclaratif total (rapport, pp. 22-23).
Tracfin relève encore de nombreuses déclarations insuffisamment structurées. Certaines ne comportent presque aucune analyse. Elles ne permettent pas de comprendre l’origine et la nature du soupçon (rapport, p. 23).
Le Service attend une présentation claire des critères d’alerte, des vérifications effectuées, des explications du client et des raisons pour lesquelles le soupçon subsiste.
Une déclaration ne doit donc être ni automatique ni simplement descriptive. Elle doit présenter une analyse.
Notre guide consacré à la question « Comment rédiger une déclaration de soupçon à Tracfin ? » détaille les critères désormais mis en avant par le Service : longueur de l’exposé, structure, identification des personnes, présentation des flux, pièces jointes et précision de l’infraction soupçonnée.
Quelles conséquences pour les professionnels du marché de l’art ?
Les rapports de Tracfin et de la Douane décrivent les deux extrémités d’une même chaîne.
La procédure interne et la classification des risques permettent d’identifier les situations atypiques. La formation aide les collaborateurs à faire remonter les alertes. L’examen renforcé permet ensuite de rechercher les informations complémentaires. Enfin, une déclaration doit être adressée à Tracfin lorsque le soupçon subsiste.
L’augmentation du nombre de déclarations ne constitue donc pas un objectif autonome. Le professionnel doit surtout pouvoir démontrer qu’il sait détecter, analyser et traiter une situation à risque.
La décision de ne pas déclarer mérite également une trace écrite. Lors d’un contrôle, le professionnel doit pouvoir expliquer comment il a analysé l’opération et pourquoi les éléments recueillis ont permis de lever le doute.
Pour les principes généraux, vous pouvez également consulter notre article consacré aux obligations relatives à la déclaration de soupçon dans le marché de l’art.
Un article de Me Alexis Fournol, Avocat à la Cour et Associé du Cabinet.
Notre intervention
Fournol & Associés accompagne les maisons de ventes, galeries, marchands d’art, antiquaires, numismates et négociants en métaux précieux dans leur mise en conformité LCB-FT.
Le Cabinet intervient dans l’analyse des opérations atypiques, la conduite des examens renforcés et la préparation des déclarations de soupçon. Il forme également les dirigeants, déclarants Tracfin et équipes opérationnelles à la détection et au traitement des alertes.
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- LCB-FT
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- Galeries d’art, marchands et professionnels du second marché
- Art advisors, courtiers et intermédiaires spécialisés
Questions fréquentes
Combien de déclarations les maisons de ventes ont-elles adressées à Tracfin en 2025 ?
Les opérateurs de ventes volontaires ont transmis 471 déclarations de soupçon, contre 287 en 2024.
Combien de déclarations proviennent des négociants en œuvres d’art et antiquités ?
Tracfin n’en a reçu que cinq en 2025. Le nombre reste identique à celui de 2024.
Une opération atypique doit-elle toujours être déclarée ?
Non. Elle doit d’abord être analysée. La déclaration devient nécessaire lorsque les vérifications ne permettent pas de lever le soupçon.