À qui revient une amphore dégagée lors de travaux ? Que deviennent des monnaies enfouies sur un terrain familial ? La réponse ne peut résulter d’une règle unique. Depuis 2016, le droit de propriété sur les biens archéologiques mobiliers repose sur des mécanismes spécifiques, qui imposent de déterminer quand le terrain a été acquis, comment le vestige a été mis au jour et quels droits existaient auparavant.

Les terrains acquis après la réforme de 2016

L’article L. 541-4 du Code du patrimoine concerne les biens archéologiques mobiliers mis au jour sur des terrains dont la propriété a été acquise après l’entrée en vigueur de la loi du 7 juillet 2016. Il écarte les articles 552 et 716 du Code civil : les règles ordinaires d’accession et du trésor ne s’appliquent donc pas dans cette hypothèse.

Le texte prévoit une présomption d’appartenance à l’État dès la mise au jour dans le cadre d’une opération archéologique et, s’agissant d’une découverte fortuite, à compter de la reconnaissance de l’intérêt scientifique justifiant la conservation de l’objet. La procédure de reconnaissance doit être examinée avec attention : l’État ne peut se contenter d’affirmer que tout objet ancien trouvé dans le sol lui appartient.

Deux voies de contestation doivent être distinguées. La reconnaissance de l’intérêt scientifique peut, selon les conditions légales, être discutée devant le juge administratif. En revanche, un titre de propriété antérieur à la découverte peut fonder une contestation de la propriété publique devant le juge judiciaire.

Les terrains acquis avant la réforme

L’article L. 541-5 du Code du patrimoine organise un autre régime. Les objets concernés sont confiés temporairement aux services de l’État pour leur étude scientifique, dans la limite légale prévue. Les droits du propriétaire du terrain et, en cas de découverte fortuite, de l’inventeur sont notifiés ; leur inaction dans les délais successifs fixés par le texte peut produire des conséquences patrimoniales importantes.

Il ne suffit donc pas de savoir que le terrain est « dans la famille depuis longtemps ». Il faut rechercher les actes d’acquisition et les dates exactes, puis vérifier si les notifications et formalités prévues ont effectivement eu lieu.

La nature de la découverte peut changer l’attribution

Dans un arrêt du 16 octobre 2024, n° 23-16.612, la Cour de cassation a confirmé, sous l’empire de dispositions antérieures à la réforme de 2016, que la nature des fouilles déterminait le régime de propriété de monnaies antiques et d’amphores. Cette décision rappelle qu’il faut distinguer une découverte fortuite de fouilles autorisées et ne pas transposer automatiquement une solution à des faits soumis à un autre état du droit.

La question d’un « trésor » au sens de l’article 716 du Code civil appelle la même prudence : la notion suppose notamment une découverte par le pur effet du hasard, et n’efface pas les règles spéciales d’archéologie.

Quelles pièces sont décisives lors d’un litige ?

Le dossier utile ne comprend pas seulement des photographies de l’objet. Il doit rassembler les titres fonciers, les indications sur le lieu et les circonstances de la découverte, les déclarations faites aux autorités, les échanges avec les services archéologiques et les actes de transmission ultérieurs. Ces pièces déterminent aussi la juridiction compétente et l’éventuelle possibilité d’une action en restitution.

Un article écrit par Me Alexis Fournol, Avocat à la Cour et Associé du Cabinet.

Notre intervention

Le cabinet analyse les régimes de propriété applicables et assiste propriétaires, inventeurs, héritiers ou détenteurs confrontés à une contestation ou une revendication. Une prise de position administrative ne doit pas être acceptée sans examen de ses fondements, des titres disponibles et des délais de recours. Contacter le cabinet.

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Questions fréquentes

Le propriétaire du terrain reçoit-il automatiquement la moitié des objets découverts ?
Non. Le partage civil du trésor ne s’applique pas à toutes les découvertes ; le Code du patrimoine peut prévoir un autre régime.

La date de découverte suffit-elle à choisir la loi applicable ?
Non. La date d’acquisition du terrain et la nature de l’opération sont également déterminantes, sans préjudice des situations anciennes.

Peut-on contester la propriété publique d’un objet déjà étudié par l’État ?
Oui, selon le fondement invoqué et les conditions légales. La preuve d’un titre antérieur et la reconnaissance d’intérêt scientifique soulèvent des voies de contestation distinctes.