Lorsqu’une vente de cheval sort du schéma habituel, la première réaction ne doit pas nécessairement être de considérer l’opération comme suspecte. Elle doit être de la comprendre et de la documenter.

Cette démarche est obligatoire, sous des formes particulières, pour certains professionnels assujettis à la LCB-FT. Elle présente aussi un intérêt essentiel pour les autres acteurs de la filière équine : en cas d’enquête ultérieure, la qualité du dossier peut permettre de montrer ce que le professionnel savait, quelles explications il avait obtenues et pourquoi l’opération lui paraissait économiquement cohérente.

Pourquoi la documentation constitue-t-elle un outil de défense ?

Le droit pénal du blanchiment suppose davantage qu’un simple défaut de vigilance. La Cour de cassation, dans son arrêt du 19 juin 2024, distingue précisément le manquement aux obligations de vigilance de la participation consciente à une opération de placement, dissimulation ou conversion.

Dans un dossier pénal, plusieurs mois ou plusieurs années peuvent séparer la transaction de l’enquête. Les souvenirs deviennent imprécis, les interlocuteurs changent et certains documents disparaissent. Une trace créée au moment de l’opération permet alors de restituer le raisonnement suivi sans reconstitution artificielle.

Que faut-il conserver dans une opération sensible ?

L’identité des parties réelles

Qui vend ? Qui achète ? Qui paie ? Qui reçoit le produit de la vente ? La distinction entre ces personnes doit être claire.

Les pouvoirs et mandats

Lorsqu’un courtier, entraîneur, agent ou autre intermédiaire intervient, le dossier doit permettre de comprendre pour qui il agit et avec quels pouvoirs.

La propriété et la destination du cheval

Les éléments de propriété, de détention ou de représentation utiles doivent être cohérents avec le contrat, la facture et le paiement.

La justification du prix

Lorsque le prix paraît éloigné des références disponibles, il est utile de conserver les éléments techniques permettant de l’expliquer : pedigree, performances, état, potentiel sportif ou reproductif, expertise ou historique de vente.

Le circuit des fonds

Un tiers payeur, un compte bancaire étranger, un paiement fractionné ou un changement de bénéficiaire doivent pouvoir être expliqués et documentés.

Les commissions et rémunérations

Les montants dus aux courtiers, apporteurs d’affaires, agents ou autres intermédiaires doivent correspondre à une prestation et à un cadre contractuel identifiable.

Les alertes et la décision prise

Lorsqu’une question particulière a été soulevée, il est utile de conserver l’explication obtenue et la raison pour laquelle l’opération a été poursuivie, modifiée ou abandonnée.

Éviter les documents de circonstance

La prévention ne consiste pas à accumuler des justificatifs sans logique. Elle consiste à faire correspondre les documents à la réalité économique de l’opération. Un contrat rédigé après coup, une facture rectifiée pour faire apparaître un payeur différent ou une attestation produite uniquement lorsqu’une enquête débute peuvent susciter davantage de questions qu’ils n’en résolvent.

Lorsqu’une modification intervient, il est préférable de la tracer de manière transparente : qui l’a demandée, pour quelle raison, à quelle date et avec quel justificatif.

Le cas particulier des maisons de ventes

Pour une maison de ventes de chevaux, la documentation répond en outre aux obligations propres au dispositif LCB-FT. L’opérateur doit être en mesure de justifier l’identification de son client et, le cas échéant, du bénéficiaire effectif, l’analyse de l’opération et les diligences mises en œuvre lorsqu’un risque accru est identifié.

Dans ce contexte, la traçabilité joue un double rôle : démontrer le respect des obligations réglementaires et prévenir un risque pénal plus large lorsque l’opération révèle des incohérences qui ne peuvent être expliquées.

Cet article s’inscrit dans la sensibilisation portée par le Cabinet au lien entre la lutte contre le blanchiment de capitaux et le secteur de l’équitation.

Un article écrit par Me Alexis Fournol, Avocat à la Cour et Associé du Cabinet.

Notre intervention

Fournol & Associés intervient en amont des opérations sensibles afin d’aider les acteurs de la filière à structurer un dossier cohérent : identification des intervenants, examen des mandats et contrats, analyse d’un paiement inhabituel, justification de la valorisation, organisation de la conservation documentaire et appréciation du risque pénal ou LCB-FT.

Cette intervention complète la pratique du Cabinet en matière de contrats équins et sécurisation des opérations, de ventes aux enchères de chevaux et de défense dans les contentieux équins.

Secteurs et expertises associés

Questions fréquentes

Faut-il demander un dossier KYC complet pour toute vente privée de cheval ?

Non, sauf régime juridique particulier. Il faut distinguer les obligations des professionnels assujettis et les précautions contractuelles ou pénales utiles aux autres acteurs.

Un tiers peut-il payer le prix du cheval ?

Oui, mais le rôle du tiers et la raison du paiement doivent être compris. Plus l’opération est importante ou complexe, plus une justification écrite est utile.

Que faire si la valeur du cheval paraît difficile à expliquer ?

Recueillir les éléments techniques et économiques pertinents avant de poursuivre : historique des ventes, pedigree, performances, expertise, potentiel sportif ou reproductif, contexte de marché.

Faut-il garder les échanges informels ?

Dans une opération sensible, les courriels et messages qui expliquent un changement de payeur, de compte, de mandat ou de bénéficiaire peuvent être importants pour reconstituer la chronologie.