Combien vaut réellement un cheval ? Dans de nombreuses opérations, la réponse n’est pas purement comptable. La lignée, les performances, le potentiel sportif, l’état de santé, l’âge ou la capacité reproductive peuvent faire évoluer fortement la valeur d’un équidé.
Cette particularité économique est parfaitement normale. Elle explique toutefois pourquoi la DNRED – le service de renseignement de la Douane – identifie la subjectivité et la volatilité des prix comme une vulnérabilité particulière des ventes de chevaux au regard du blanchiment.
La valorisation d’un cheval est par nature technique
À la différence d’un actif standardisé, deux chevaux apparemment comparables peuvent avoir des valeurs très différentes. Une expertise peut reposer sur le pedigree, les résultats, les examens vétérinaires, la discipline, l’âge, le potentiel futur ou encore la qualité de la descendance.
Le prix d’adjudication peut également traduire la concurrence entre plusieurs enchérisseurs. Une adjudication élevée ne signifie donc nullement que le prix a été artificiellement fixé.
Pourquoi la Douane évoque-t-elle un risque de surévaluation ?
Dans son analyse sectorielle des risques des ventes aux enchères, la DNRED indique que la vulnérabilité tenant à la subjectivité du prix est particulièrement présente pour les ventes de chevaux. Une surévaluation volontaire difficile à détecter peut, dans certaines configurations, servir à donner une justification économique apparente à un transfert de valeur.
Cette logique rejoint plus largement les mécanismes de trade-based money laundering : l’opération commerciale existe, mais son prix, sa quantité ou sa description peuvent être manipulés afin de déplacer ou de justifier des fonds.
Quels éléments permettent de documenter le prix d’un cheval ?
La sécurisation d’une vente repose d’abord sur la cohérence du dossier. Les résultats sportifs, certificats vétérinaires, pedigree, historique de propriété, éléments de reproduction, annonces de vente, conditions de vente et, lorsque cela est pertinent, avis d’experts ou comparables peuvent permettre d’expliquer la formation du prix.
Pour une maison de ventes soumise à la LCB-FT, ces éléments prennent une importance supplémentaire lorsqu’une adjudication apparaît très éloignée des informations disponibles ou lorsqu’elle s’insère dans une opération plus complexe.
Surévaluation, sous-évaluation et paiement parallèle
Le risque ne se limite pas au prix affiché. Une différence entre le prix contractuel et les sommes effectivement versées, un paiement complémentaire non documenté ou un flux dirigé vers un tiers peut modifier l’analyse de la transaction.
Les contrats équins et la sécurisation des opérations jouent ici un rôle essentiel : le contrat, le mandat, la facture et les instructions de paiement doivent refléter la réalité économique de l’opération.
Cet article s’inscrit dans la sensibilisation portée par le Cabinet au lien entre la lutte contre le blanchiment de capitaux et le secteur de l’équitation.
Un article écrit par Me Alexis Fournol, Avocat à la Cour et Associé du Cabinet.
Notre intervention
Fournol & Associés accompagne les acteurs de la filière équine pour sécuriser les opérations portant sur des chevaux, notamment lorsque leur valeur, leur structure de détention ou les modalités de paiement soulèvent des questions particulières.
Pour les maisons de ventes, le Cabinet intervient également sur les procédures LCB-FT, les critères d’examen renforcé, la documentation du dossier et la gestion des situations atypiques.
Secteurs et expertises associés
Questions fréquentes
Une adjudication très supérieure à l’estimation constitue-t-elle une anomalie LCB-FT ?
Pas nécessairement. Les enchères peuvent produire des écarts importants par rapport aux estimations. Le professionnel doit regarder l’ensemble des circonstances et non un seul chiffre.
Une maison de ventes doit-elle faire expertiser systématiquement la valeur d’un cheval ?
Non. L’obligation LCB-FT n’impose pas une expertise systématique. En revanche, une incohérence significative peut justifier des diligences complémentaires et une documentation adaptée.
La surévaluation volontaire peut-elle avoir une dimension pénale ?
Oui, selon les faits et l’intention des personnes concernées, une manipulation de prix peut s’inscrire dans un schéma destiné à placer, dissimuler ou convertir le produit d’une infraction. L’analyse pénale reste nécessairement factuelle.
Pourquoi conserver les éléments qui expliquent le prix ?
Parce qu’ils permettent de démontrer la cohérence économique de l’opération et, pour un professionnel assujetti, de justifier les diligences accomplies en cas de contrôle.