Lorsqu’une personne vend un cheval qui lui avait seulement été confié, le propriétaire peut agir pour obtenir sa restitution. Il doit toutefois apporter des preuves suffisamment précises de son droit de propriété.
Dans un jugement du 28 juillet 2026, le tribunal judiciaire de Saint-Omer ordonne ainsi la restitution d’une jument vendue sans l’autorisation de son propriétaire.
Un prêt à usage n’autorise pas la vente du cheval
Le propriétaire avait confié plusieurs chevaux à une professionnelle qui ouvrait un établissement équestre. Les parties avaient conclu une convention de prêt à usage.
Ce contrat désignait clairement le propriétaire des chevaux et imposait à l’emprunteuse de les héberger, de les nourrir et d’assurer leurs soins. Il ne prévoyait ni transfert de propriété ni mandat de vente.
Pourtant, le compagnon de l’emprunteuse avait vendu l’une des juments à un tiers pour 6 000 euros.
Cette affaire rappelle l’importance de rédiger des contrats équins précis. Le contrat doit notamment identifier chaque cheval, définir les pouvoirs du détenteur et interdire expressément toute vente ou remise à un tiers sans accord écrit.
Comment prouver la propriété d’un cheval ?
L’article 544 du Code civil protège le droit du propriétaire de disposer de son bien et d’en obtenir la restitution.
Dans cette affaire, le tribunal ne s’est pas fondé sur un document unique. Il a examiné un ensemble d’éléments concordants :
- la carte d’immatriculation SIRE ;
- la convention de prêt à usage ;
- l’identification précise de la jument ;
- l’attestation relative à la vente litigieuse ;
- les démarches engagées par le propriétaire après la découverte de la vente.
La carte SIRE constitue donc un élément de preuve utile, mais elle ne suffit pas toujours à elle seule. Une facture, un contrat de vente, une preuve de paiement, des échanges écrits ou un contrat de prêt peuvent également établir la propriété du cheval.
Cette approche confirme l’importance de conserver tous les documents liés à l’acquisition et à la détention d’un équidé. Un avocat en droit équin peut analyser ces pièces et organiser les preuves nécessaires.
Une action en revendication contre le détenteur actuel du cheval
Après avoir localisé la jument dans une autre écurie, le propriétaire a demandé sa restitution. Face au refus de l’établissement, il a engagé une action en revendication selon une procédure à jour fixe.
Cette procédure lui a permis d’obtenir rapidement une décision. Le tribunal a ordonné la restitution de la jument « en quelque main qu’elle se trouve », sous une astreinte de 150 euros par jour de retard.
Le propriétaire a également reçu l’autorisation de reprendre l’animal, si nécessaire avec l’assistance d’un commissaire de justice et de la force publique.
L’astreinte, prévue par l’article L. 131-1 du Code des procédures civiles d’exécution, exerce une pression financière sur la personne qui refuse d’exécuter la décision.
Le tribunal a enfin condamné l’écurie à verser 2 000 euros au propriétaire au titre de ses frais de procédure, outre les dépens.
La situation de l’acheteur doit être examinée séparément
La décision ne tranche pas directement les droits de l’acheteuse, qui n’était pas partie à la procédure. Or, la situation d’un acquéreur qui affirme avoir acheté le cheval de bonne foi peut soulever des difficultés particulières, notamment au regard de l’article 2276 du Code civil.
Chaque affaire nécessite donc une analyse précise des circonstances de la vente, de la bonne foi des parties, des documents présentés et des conditions dans lesquelles le cheval a changé de détenteur.
Quels réflexes adopter ?
Le propriétaire qui confie un cheval doit notamment :
- conclure un contrat écrit ;
- identifier le cheval par son numéro SIRE et son transpondeur ;
- interdire toute vente ou tout déplacement sans autorisation ;
- conserver ses factures, contrats et preuves de paiement ;
- agir rapidement en cas de vente ou de rétention injustifiée.
De son côté, l’écurie confrontée à plusieurs personnes revendiquant le même cheval doit sécuriser sa situation juridique avant de remettre l’animal. Elle doit aussi conserver les documents qui lui ont été présentés et vérifier l’identité exacte de l’équidé.
Un article écrit par Me Alexis Fournol, Avocat à la Cour et Associé du Cabinet.
Notre intervention
Fournol & Associés accompagne les propriétaires, éleveurs, cavaliers et professionnels de la filière équine dans les litiges relatifs à la propriété d’un cheval, aux ventes non autorisées et aux refus de restitution.
Le Cabinet intervient également dans la rédaction des contrats et les procédures de contentieux équin.
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Questions fréquentes
La carte SIRE prouve-t-elle la propriété du cheval ?
La carte SIRE constitue un indice important, mais les juges peuvent examiner d’autres documents. Il reste préférable de conserver le contrat d’acquisition, la facture et la preuve du paiement.
Peut-on récupérer son cheval dans une écurie tierce ?
Oui, une action en revendication peut viser la personne qui détient actuellement le cheval et refuse de le restituer. Le propriétaire doit démontrer son droit de propriété.
Pourquoi demander une astreinte ?
L’astreinte renforce l’efficacité de la décision. Chaque jour de retard dans la restitution peut entraîner le paiement d’une somme supplémentaire.